via BienBienBien de chryde le 03/11/09

Dimanche dernier, comme chaque matin, partout dans le monde, des hommes se sont rasés. Pour certains d’entre eux, ce n’était cependant pas un rasage ordinaire, routinier : ils se sont rasés très soigneusement, ont élagué les pattes, éliminé le moindre poil. Puis ils se sont pris en photo et ont jeté leur rasoir, promettant de ne plus toucher à leur barbe pendant les 4 mois qui suivraient. Ces hommes là ont décidé de participer au Whiskerino 2009, grand cri d’amour 2.0 pour la barbe, la vraie.

Le Whiskerino c’est donc cela. Un site sur lequel des hommes, qui se sont rasés de près le 1er novembre, vont poster l’évolution de leur barbe dans les quatre mois suivant dans l’espoir de devenir King Beard. Pour vous donner une idée de ce quatre mois sans rasage (le trim, l’élagage et toute cosmétique étant interdits), vous pouvez allez voir le résultat des éditions précédentes.

Un participant Français

Un participant Français

Mais attention, on n’est pas là pour la déconne. Passer des semaines avec les joues qui grattent et un bout de cornichon qui pend tout l’après-midi à la barbe demande une grande abnégation. Et une foi inébranlable. Le site le proclame d’ailleurs :

In early America, men that could not grow facial hair were demeaned less advanced and uncivilized. Now we have come full circle where our own society promotes this emasculated version of maleness. Where to be a man is to be clean-shaved; to be respectable is not to have a beard.
Let us return to our roots! Let us return to true masculinity! Let us cry out with one voice:
“I WILL HAVE A BEARD!! I WILL BE A MAN!! I WILL NOT CONFORM TO YOUR RULES!”

En 2005, on comptait 133 participants. On approche plus des 500 cette année. Et ces hommes croient en la cause qu’ils défendent. L’organisateur du Whiskerino 2009 avait besoin d’argent pour payer le serveur du site officiel. Il a lancé un appel sur Kickstarter, a récolté 2,245 $ en quelques jours. C’est beau l’amitié virile…

Permalien | Commentaires

via Le Monde.fr : à la Une le 26/10/09
Le budget de la présidence vénézuélienne a été approuvé en fin de semaine dernière par le Parlement. Il comprend les frais de voyage et de sécurité du président, ainsi que des dons à des programmes sociaux.

via Numerama.com - Magazine le 23/10/09

La Federal Communications Commission a dévoilé six règles dédiées à la neutralité du net. Cependant, à côté de ces grands principes figurent plusieurs exceptions notables qui contrebalancent en partie la portée de cette nouvelle orientation.

[Lire la suite]

via Les dernières actualités de Futura-Sciences de webmaster@futura-sciences.com (Futura-Sciences) le 23/10/09
Pour l'une des premières fois en France, un colloque a réuni des physiciens, des philosophes et des épistémologues autour d'une réflexion commune sur notre cosmologie, un terrain qui les réunit inévitablement. Voici les clés pour comprendre ces débats qui nous emmènent aux confins de l'Univers et de la connaissance...
Les philosophes ont-ils besoin de connaître la cosmologie et les cosmologistes peuvent-ils profiter de discussions avec les philosophes ? En introduisant des dimensions sp...

via Le Monde.fr : à la Une le 23/10/09
Comme l'a dit un lecteur: - «Are they looking to get royalties» ?     Non. C'est en défense de la musique. Qui ne devrait jamais, aussi épouvantable soit-elle, être utilisée pour faire souffrir.  Un collectif de musiciens, réunis par le National Security Archives Project, a entamé une procédure, en vertu de la loi sur la liberté de l'information, pour obtenir [suite...] ...

via InternetActu.net de Hubert Guillaud le 21/10/09

Souvent, la réponse aux inquiétudes concernant la confidentialité de nos données consiste à dire que “ceux qui ne transgressent pas la loi n’ont rien à se reprocher” : nous n’avons rien à craindre de la collecte massive de données. La vie privée, finalement, n’est qu’un problème de vieux cons. Qu’importe si les caméras de surveillance nous filment, si nos communications sont écoutées, si nos activités sont enregistrées, si nos déplacements sont surveillés, si nos achats sont tracés… : les bons citoyens, employés, consommateurs que nous sommes n’ont rien à se reprocher de cette surveillance généralisée qui n’a pour but que de déjouer ceux qui contournent les règles communes, ceux qui s’en prennent à notre sécurité collective. C’est l’argument bien connu de la chasse aux terroristes, aux pirates, aux hackers, aux spammers, aux déviants… qui autorise la surveillance de toutes les communications, le filtrage et le bridage de l’internet ou le contrôle des déplacements…

Daniel SoloveCette position serait simple à accepter si elle n’était pas si réductrice. Dans un remarquable article, le juriste américain Daniel Solove (blog) - professeur de droit à l’école de Loi de l’université George Washington, auteur notamment de The Digital Person : Technology and Privacy in the Information Age (La personne numérique : technologie et vie privée à l’âge de l’information), de The Future of Reputation (l’avenir de la réputation) et du récent Understanding privacy (Comprendre la vie privée) - la déconstruit de manière méthodique. Pour lui, l’enjeu de la protection de la vie privée est plus complexe que ce que le “rien à cacher” ne le laisse entendre. L’argument du “je n’ai rien à cacher” signifie souvent “je me moque de ce qui arrive, tant que cela ne m’arrive pas à moi”.

Understanding Privacy, le dernier livre de SoloveL’argument met en balance deux entités qui n’ont pas le même poids : d’un côté, il y a le citoyen, de l’autre il a le pouvoir exécutif ; d’un côté, il y a l’employé, de l’autre l’employeur ; d’un côté, il y a le consommateur, de l’autre le commerçant ou le banquier… D’un côté, il y a le faible, de l’autre le fort. Des gens qui prennent des décisions pour nous, qui peuvent changer les règles unilatéralement, qui peuvent nous considérer comme de bons ou de mauvais clients, de bons ou de mauvais “risques”, qui gèrent des conflits d’intérêts pour nous et à notre place - sur la base des informations dont ils disposent, d’informations qui peuvent être erronées, voire d’informations que nous ne savons pas qu’ils ont. La relation proposée dans l’argument du “je n’ai rien à cacher puisque je ne transgresse pas la règle” est toujours inégale, inéquitable.

Ce n’est donc pas seulement du gouvernement ou de l’administration que nous attendons le respect de notre vie privée, mais également de tous ceux qui ont un pouvoir sur nous : notre employeur, nos concurrents, nos voisins peut-être… Quand bien même nous clamerions toutes nos activités sur la place publique des sites sociaux - à destination d’amis, de connaissances, de relations -, nous ne voulons pas laisser le soin à des organisations, sur lesquelles nous n’avons pas prise, de gérer les règles qui régissent nos vies.

Le danger n’est pas la surveillance généralisée, mais l’absurde d’une société oppressive

Il est vrai que les numéros de téléphone que l’on compose sur son mobile ou le contenu même de ces conversations ne sont souvent pas considérés comme intimes… Quand bien même la collecte et l’exploitation de ces informations dévoileraient des choses intimes, les gens ont l’impression que seules des personnes dûment habilitées (que l’on suppose soucieuses de la dignité des citoyens) ou des programmes informatiques y auront accès, explique Solove. Et puis, la valeur de la sécurité paraît souvent supérieure à celle de la vie privée : alors que la valeur de la vie privée est basse (parce que l’information n’est pas très sensible dans son ensemble), celle de la sécurité est forte (et sensible pour tous). Dans cette balance les arguments n’ont pas le même poids.

Mais les problèmes qu’une pratique généralisée de collecte d’informations sont en fait d’une autre nature.

“On utilise souvent la métaphore de 1984 de Georges Orwell pour décrire les problèmes créés par la collecte et l’usage de données personnelles. La métaphore d’Orwell, qui s’intéresse aux instruments de la surveillance (comme l’inhibition ou le contrôle social), décrit bien le renforcement de la surveillance par des citoyens. Mais la plus grande partie des données conservées dans des bases de données (comme le genre, la date de naissance, l’adresse, le statut marital…) ne sont pas particulièrement sensibles. La plupart des gens se moquent de cacher l’hôtel où ils ont séjourné, les voitures qu’ils possèdent ou ont louées, ou le type de boissons qu’ils ont bues. Les gens ne font pas d’effort pour garder ces informations secrètes. La plupart du temps, l’activité des gens ne sera pas inhibée par le fait que les autres connaissent ces informations.

(…) Je suggère d’utiliser une autre métaphore pour comprendre ces problèmes : celle du Procès de Kafka, qui décrit une bureaucratie aux objectifs confus qui utilise l’information sur les gens pour prendre des décisions à leur égard en niant leur capacité à comprendre comment leur information est utilisée. Le problème que saisit la métaphore de Kafka est différent de celui que cause la surveillance. Il relève du processus de traitement de l’information (le stockage, l’utilisation ou l’analyse des données) plutôt que de sa collecte. Le problème ne réside pas tant dans la surveillance même des données, mais dans l’impuissance et la vulnérabilité créée par une utilisation de données qui exclut la personne concernée de la connaissance ou de la participation dans les processus qui le concernent. Le résultat est ce que produisent les bureaucraties : indifférences, erreurs, abus, frustrations, manque de transparence et déresponsabilisation. Un tel traitement affecte les relations entre les gens et les institutions d’un Etat moderne. Il ne se limite pas à frustrer l’individu en créant un sentiment d’impuissance, mais il affecte toute la structure sociale en altérant les relations que les gens ont avec les institutions qui prennent des décisions importantes sur leur existence.”

Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles
Image : Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles, via LanternaMagika.

Pour le dire simplement : comment peut-on être certain de n’avoir rien à se reprocher ? Et si les règles changeaient ? Et si plusieurs personnes qui disposent d’un pouvoir sur nous les interprétaient différemment, ou appliquaient des règles différentes ? Et si, surtout, on ne pouvait jamais être certain de savoir qui applique quelles règles, et de quelle manière ? Dans un tel cas, le problème que pose un usage abusif des données personnel n’est pas tant la perte objective de certaines libertés, que la destruction de la confiance sociale et de ce fait, une inhibition généralisée : on n’ose plus inventer, plaisanter, transgresser, essayer, critiquer… de peur que quelqu’un qu’on ne connaît pas puisse un jour en venir à nous le reprocher, pour des raisons mystérieuses.

Autrement dit, l’argument du “rien à cacher” se fonde sur une conception de la vie privée comme un droit individuel qui interfère ou entre en conflit avec le bien commun ou d’autres types d’intérêts sociaux. Mais ce qui précède montre, selon Solove, que les intérêts de l’individu et de la société ne sont pas nécessairement distincts. Les libertés civiles, la protection de l’individu, le respect de sa personne, forment les bases d’une certaine forme de lien social, d’un substrat de confiance qui permet à la société de fonctionner. La vie privée n’est alors pas un moyen de s’extraire du contrôle social, mais est une forme de contrôle social qui émerge des normes de la société. “La vie privée a une valeur sociale. Même quand elle protège l’individu, elle le fait pour le bien de la société.”

Solove en déduit une taxonomie de la vie privée comptant 4 catégories de problèmes. Ceux relatifs :

  • à la collecte des données (la surveillance, l’interrogation…),
  • aux processus d’exploitation des données (l’agrégation, l’identification, la possible insécurité engendrée par le processus, l’exclusion - c’est-à-dire l’impossibilité à avoir accès à l’usage qui est fait de ses données -…),
  • à la dissémination abusive des données (la distortion, la rupture de confidentialité…),
  • et à l’invasion délibérée de la vie privée (comme l’intrusion).

L’enjeu de la vie privée, c’est la tension démocratique entre le fort et le faible

Tous les problèmes de vie privée ne sont pas égaux, explique encore Solove. Il nous faut comprendre la vie privée d’une manière pluraliste. Pour la grande majorité des gens, leurs activités ne sont ni illégales ni embarrassantes. Seulement, la vie privée ne se résume pas à cacher des choses inavouables, mais par exemple, et aussi, de limiter l’accès à des informations personnelles. Or, la surveillance par les données (la “Dataveillance” comme l’a proposé Roger Clarke) consiste en une utilisation systématique de systèmes de données personnels pour enquêter ou surveiller les actions ou les communications des gens.

Le problème dans les programmes de surveillance et de fouille de données repose surtout sur le fait que nous ne sachions pas précisément ce qu’il révèlent de nous, quelles sont les données qui sont utilisées et dans quel but. Comme l’illustre Kafka, le problème ne relève pas tant de la surveillance même des données, que de l’impuissance et de la vulnérabilité créée par cette exploitation qui exclue la personne concernée du processus qui la concerne au premier chef.

Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles
Image : Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles, via LanternaMagika.

Ce type de surveillance par les données pose un problème structurel relatif à la façon dont les gens sont traités par les institutions en créant un déséquilibre entre le pouvoir des individus et celui de la puissance qui collecte les données. Elle pose surtout des questions sur la puissance des sociétés et organisations qui jouent de nos données, comme c’est le cas par exemple de la réutilisation de nos données, dans un but différent que celui pour lesquels ont les a collectées, sans le consentement des personnes.

Le fait qu’un gouvernement doive se justifier devant la justice par exemple pour utiliser certaines données ou enregistrer des conversations permet de savoir ce qu’il en fait et met des limitations légales à ce qu’il peut ou ne peut pas faire. En revanche, la vie privée est de plus en plus mise sous observations par des petites données qui s’additionnent les unes les autres, se croisent et se démultiplient… et, de celles-ci, nous n’avons nulle connaissance.

L’argument du rien à cacher “s’impose en excluant l’examen d’autres problèmes relatifs à la vie privée posés par la surveillance gouvernementale ou par les programmes d’exploration de données. Il force le débat à se concentrer sur une conception étroite de la vie privée. Mais face à la pluralité des problèmes de vie privée que cause la collecte de données et leur utilisation au-delà de la surveillance et la divulgation, l’argument du rien à cacher, à la fin, n’a rien à dire”.

C’est donc bien dans une tension démocratique, dans un rapport de force mais aussi de confiance que se situent la confidentialité des données et le respect de la vie privée. Plutôt que d’agir à court terme et avec avidité, en cherchant à restreindre les libertés par le développement d’outils de surveillance généralisés, nous avons plutôt besoin que les règles et les recours soient mieux établis. Si l’on veut faire de la collecte massive, développer la vidéosurveillance, enregistrer tous les déplacements de chacun, développer le fichage, il est indispensable qu’en contrepartie nous ayons un meilleur accès à la collecte de données, de meilleures garanties quant aux règles qui régissent les processus afin qu’elles ne puissent être changées unilatéralement par exemple, de meilleures assurances et protections quant à la dissémination ou l’invasion.

Force est de constater que nos sociétés n’en prennent pas le chemin.

Hubert Guillaud

confiance, identités actives, politiques publiques, surveillance, traçabilité

via InternetActu.net de Hubert Guillaud le 20/10/09

Dans une très intéressante tribune publiée par The New Republic, l’éminent professeur de droit, Lawrence Lessig, fondateur du Centre pour l’internet et la société à l’école de droit de Stanford, revient sur cette “nouvelle objectivité que constitue la transparence des données”, comme la définissait David Weinberger. Une transparence revivifiée par ce mouvement pour la libération des données publiques dont les projets de la Sunlight Foundation , de data.gov ou de Apps for Democracy sont les nouveaux emblèmes. Mais qu’est-ce que la transparence implique ? Est-elle aussi légitime que semblent nous le dire ses partisans ? Ne risquons-nous pas d’entrer dans une nouvelle ère où la transparence risque plus de devenir une tyrannie qu’une vertu ?

“Incontestablement, la transparence est devenue une valeur commune à tous les partis. Et pas seulement en politique.” Dans une passionnante tribune publiée par The New Republic, le magazine progressiste américain, le professeur de droit Lawrence Lessig analyse le mouvement de libération des données publiques à l’oeuvre et que soutient la Sunlight Foundation (dont il est membre du conseil consultatif). Faut-il rappeler préalablement que Lawrence Lessig est le concepteur des licences Creative Commons (dont le mouvement pour la libération des données publiques fait un usage intensif) et auteur de nombreux livres dont Culture libre et de L’avenir des idées.

Peut-on être contre la transparence ?

“Comment pourrait-on être contre la transparence ? Ses vertus et son utilité publique semblent si évidentes. Pourtant, je m’inquiète de plus en plus d’une erreur au fondement même de cette bonté incontestée. Nous ne sommes pas suffisamment critiques sur où et comment la transparence fonctionne, ni sur les risques de confusion, voire pire, qu’elle entraîne. Je crains que le succès inévitable de ce mouvement - s’il est mené seul, sans aucune sensibilité à la complexité de l’idée d’une disponibilité parfaite de l’information - ne finisse par inspirer, non des réformes, mais le dégoût. Le “mouvement de la transparence nue”, comme je l’appelle, n’inspire pas le changement. Il va tout simplement faire disparaître toute confiance dans notre système politique.”

Lawrence Lessig lors d'une de ses multiples intervention publique
Image : Lawrence Lessig lors d’une de ses multiples intervention publique par Meet The Media Guru.

“Le mouvement de transparence nue allie la puissance des technologies de réseau à la baisse radicale du coût de la collecte, du stockage et de la distribution des données. Son but est de libérer les données, en particulier les données du gouvernement, de manière à permettre au public de les traiter pour mieux les comprendre, ou du moins différemment.” L’exemple le plus évident de ces nouvelles règles de divulgation des données concernent le processus législatif lui-même : les lois devront être publiées en ligne 24 heures avant leur vote, les vidéos des débats devront être rendues accessibles… Le site web data.gov rassemble désormais une grande variété de données accessibles dans des formats ouverts et libres de réutilisation.

“Sans aucun doute, pour la grande majorité de ces projets, la transparence a du sens”, souligne le juriste. Et de défendre notamment la transparence de la gestion, permettant de mieux mesurer la performance des organismes gouvernementaux. Ou encore la libération de données publiques “objectives”, telles que la localisation, la météo, etc., qui ont permis de bâtir de la valeur économique. Mais ces exemples ne font pas toute l’histoire de la transparence.

“Il y a un type de transparence qui devrait soulever plus de questions qu’il n’y en a - celle qui vise à révéler l’influence voire la corruption.” Des projets tels que celui qui consiste à construire une base de données des docteurs qui ont reçu de l’argent de sociétés privées, actuellement très discuté aux Etats-Unis - ou celui permettant de tracer chaque source possible d’influence d’un député…“Ces projets sont à l’évidence inspirés par de bons sentiments. Leurs effets seront profonds. Mais bénéficieront-ils vraiment au plus grand nombre ? Souhaitons-nous vraiment le monde très vertueux qu’ils envisagent ?”

Tyrannie de la transparence ou tyrannie de la vertu ?

Le but de tels projets, explique Lessig, est de permettre à n’importe qui de relier automatiquement toute trace (notamment financière) de la relation d’un élu avec des lobbies à ses décisions et ses votes, comme l’illustre le récent rapport Maplight sur “Comment l’argent a coupé court à la loi sur le climat”. Ce rapport énumère une longue liste de corrélations entre l’argent et les résultats du vote de cette loi, montrant par exemple que les députés qui ont voté oui ont reçu en moyenne 37 000 dollars entre 2003 et 2008 des industries du pétrole, du gaz, du charbon ou de l’industrie nucléaire, soit trois fois plus que ceux qui ont voté contre (qui ont reçu en moyenne 11 000 dollars sur la même période). Et Lessig de prédire que nous saurons bientôt tout des évènements publiquement enregistrables qui pourraient influer sur ceux qui nous régissent. “Le panoptique a été retourné sur les législateurs”. Nous sommes en train de tracer leurs moindres faits et gestes.

“Qu’est-ce qui pourrait ne pas fonctionner avec cette omniscience civique ? Comment la démocratie a-t-elle survécu sans tout cela ?”, s’interroge le professeur de droit.

L’éminent juriste Louis Brandeis, l’un des symboles de l’ère progressiste, conseiller de Wilson et de Roosevelt, a été l’un des défenseurs de la transparence au début du siècle dernier, rapporte Lessig. Selon lui, la transparence devrait être encouragée comme un moyen plus efficace pour réglementer un marché potentiellement dangereux. Brandeis a décrit ainsi la “transparence ciblée” qui est devenue une école de la théorie de la réglementation (notamment illustrée par Archon Fung, professeur de politiques publiques et auteur de Full Disclosure : The Perils and Promise of Transparency - Dévoilement total : les périls et les promesses de la transparence). Depuis 1986, une quinzaine de programmes de transparence ciblés ont été initiés, afin d’améliorer les données de consommation et mieux réguler le marché, et ce, avec l’appui à la fois des démocrates et des républicains. Parmi ces programmes par exemple, on trouve la publication de la consommation moyenne en carburant des véhicules, qui permet à chacun d’en comparer les performances.

“Le problème cependant, c’est que toutes ces données ne sont utiles que si les consommateurs peuvent les comprendre et les exploiter. Plus d’information, comme Fung et ses collègues l’ont dit, ne produit pas toujours des marchés plus efficaces. Au contraire : “la manière dont les gens réagissent à l’information est indissociable de leurs intérêts, de leurs désirs, de leurs ressources, de leurs capacités cognitives et de leurs contextes sociaux. En raison de ces facteurs, les gens peuvent ignorer l’information, mal la comprendre ou l’utiliser.” En fait, explique Lessig, nous avons besoin de voir si les corrélations établies par les données révèlent quelque chose de réel. “Et c’est ce que ce mouvement de la transparence nue n’a pour l’instant pas réussi à démontrer”.

Les données ne prouvent rien, mais l’argent semble tout prouver

Car il demeure difficile de montrer qu’une contribution d’une société privée a joué un rôle ou pas dans le vote d’un élu. Une corrélation n’implique pas une causalité. Et choisir de corréler deux informations entre elles, en éliminant toutes les autres influences possibles, relève déjà d’un choix fort. “Même si nous avions toutes les données et un mois de codeurs de Google, nous ne pourrions pas commencer à trier les contributions de corruptions des contributions innocentes.” En fait, ces données ne permettent que de poser des questions, pas d’apporter des réponses, notamment quand un député vote d’une manière incompatible avec ses principes ou son camp, mais compatible avec une contribution importante qu’il aurait reçue.

“Mais alors : si les données ne prouvent rien, qu’y a-t-il de mal à les produire ?”, interroge candidement Lessig. A défaut de prouver, elles suggèrent, elles insinuent. Et la focalisation quasi-exclusive des partisans de la transparence sur l’argent a un sens en soi. Lessig prend alors l’exemple autour d’une loi promue dès 2000 par le lobby des Cartes bancaires américaines, qu’Hillary Clinton combattait alors qu’elle était la première dame des Etats-Unis, avant que, devenue sénatrice de New York en 2001 (et ayant reçue 140 000 dollars de contribution à sa campagne de ce même lobby), de voter en faveur du projet. Mais de quoi son changement de position est-il la preuve ? D’une influence coupable ? Du fait que, devenue sénatrice de la première place financière mondiale, elle répondait aux attentes de son électorat ? Ou d’une réelle conviction ? Pour tous, indépendamment de tout autre contexte, l’argent semble être devenu la raison de son changement d’opinion. L’argent “fixe la valeur par défaut contre lequel rien de différent ne pourra lutter. Et cette valeur par défaut, cette hypothèse non examinée de causalité, ne pourra qu’être renforcée par le mouvement de “la transparence nue” et les corrélations qu’il établit.”

“Comprendre quelque chose - un essai, une argumentation, une preuve de l’innocence - nécessite une certaine attention. Mais sur beaucoup de questions, elle est presque toujours inférieure à la quantité de temps requise pour comprendre bon nombre de corrélations et éviter d’en tirer des implications diffamatoires. Le résultat est un malentendu structurel et une destruction de toute possibilité de confiance.” C’est ce qui caractérise la tyrannie de la transparence. En fait, la question n’est surtout pas de dire que le public n’est pas assez intelligent pour comprendre la vérité. Au contraire, affirme Lessig, “le public est trop intelligent pour perdre son temps à se concentrer sur des questions qui ne sont pas importantes pour lui à comprendre. L’ignorance est rationnelle, non pathologique.” La transparence nous fait nous focaliser sur des données qui semblent tout expliquer. Or, leur couplage peut aussi produire des syllogismes faciles et des erreurs d’interprétation comme le disait l’historien Louis Chevalier.

Y’a-t-il une solution pour éviter les inconvénients que la transparence créée ? Dans le cadre de l’information publique, si le problème de la transparence est de créer des insinuations structurelles, la solution simple serait d’éliminer ces insinuations.

Comment éviter la démocratie du cynisme ?

Et Lessig de suggérer par exemple une loi pour le financement des campagnes électorales qui ramèneraient l’équité et éliminerait le fléau de voir l’argent devenir le seul facteur de compréhension de la démocratie américaine. “Mais l’objectif de ces propositions n’est pas, ou ne devrait pas être, de rétablir l’équité. L’objectif devrait être de redonner la confiance. Le problème que ces projets de loi révèlent est que nous avons un Congrès auquel plus personne ne fait confiance - un Congrès, qui, de l’avis de l’immense majorité du peuple américain, se vend au plus offrant. L’objectif des propositions de loi de ce type devrait être de modifier cette perception en mettant en place un système dans lequel personne ne pourrait croire que l’argent puisse acheter les lois. De cette façon, nous pourrions éliminer la possibilité d’une influence qui nourrit le cynisme, ce qui est inévitable lorsque la technologie devient si simple qu’elle est capable d’insinuer une interminable liste d’influence.”

La proposition pour le financement public des élections doit être comprise comme une réponse à une pathologie inévitable de la technologie : sa transparence. En tout cas, Lessig veut y voir le seul moyen pour sortir du cycle de cynisme que promet la transparence nue.

“Les réformistes se sentent rarement responsables des mauvais effets qu’induit leur fantastique nouvelle réforme. Leur démarche est centrée sur le bien. Les effets pervers, c’est le problème de quelqu’un d’autre.” Il n’y a pas à remettre en cause le bien que la transparence créée dans un large éventail de contextes, particulièrement en ce qui concerne la démocratie. “”Mais nous devons aussi reconnaître que les conséquences collatérales de ce bien doivent elles-mêmes être positives. Et si les effets collatéraux de la transparence consistent à renforcer le public dans ce qu’il pense déjà, nous devrions sérieusement réfléchir à la façon dont nous pouvons l’éviter. Les rayons de soleil peuvent être un grand désinfectant (référence à la Sunlight Fondation et à son slogan) . Mais quiconque a déjà pataugé dans un marécage sait qu’ils ont aussi d’autres effets.”

La transparence est-elle de droite ou de gauche ?

L’article de Lawrence Lessig a bien sûr déclenché quelques réactions. Dans une longue argumentation, Ethan Zuckerman montre que les raccourcis faciles ne sont pas que le lot des bases de données, les médias en sont remplis. Ces connexions peuvent avoir une visée explicitement progressiste, comme le montre They Rule, réalisé par Josh On, permettant de détailler les compositions et les relations entre les participants des conseils d’administration des 500 plus grandes entreprises américaines, par exemple. Les données ne portent pas avec elles leur contexte : on peut lire They Rule comme une indication sur les compétences requises qu’il faut pour diriger les grandes ou comme la preuve qu’une classe d’oligarques contrôle dans l’ombre les entreprises américaine.

Pour Tim Wu, professeur à l’école de droit de Columbia, la transparence n’aura pas beaucoup d’effets et il est peu probable qu’elle produise des changements réels. Peut-on vraiment croire que la publication des financements ou des dépenses des hommes politiques va les transformer ? Le mouvement pour la transparence est en réalité très différent de cette transparence nue qu’attaque Lessig dans son article. “L’idée même d’exposer les données gouvernementales aux développeurs extérieurs a pour but, à sa base, de stimuler l’innovation dans la façon dont nous percevons et contextualisons les données. (…) La plupart de nos efforts consistent à créer des outils et des sites pour tirer du sens d’informations que nous aidons à mettre en ligne.” Pour Ellen Miller et Michael Klein, cofondateurs de la Sunlight Foundation, un meilleur examen de nos gouvernants est plus une solution qu’un problème. La seule solution pour restaurer la confiance est justement de montrer les connivences et d’y mettre fin.

Pour Jeffrey Rosen, éditorialiste à The New Republic, il faut mieux mesurer l’équilibre entre la transparence et la vie privée : “Lawrence Lessig démontre de manière convaincante qu’il existe des dangers à privilégier systématiquement la transparence sur la vie privée: Une démocratie réfléchie devrait trouver un équilibre entre les deux valeurs, qui sont parfois incompatibles et parfois se renforcent mutuellement.” Pour David Weinberger, chercheur au Centre Berkman pour l’internet et la société à Harvard (celui même pour lequel “la transparence est la nouvelle objectivité”), une plus grande transparence devrait renforcer plutôt que diminuer la confiance du public : “Le problème ne réside pas dans la surabondance de données, mais dans un système qui récompense les déchainements de bêtises.” Weinberger est visiblement déçu que Lessig sous-estime la transparence, mais il comprend bien le risque de la transparence que dénonce le juriste (“il est contre le dumping de la transparence des données, sans outils pour fabriquer du sens”), même si cela ne lui semble pas suffisant pour la refuser. Plutôt que de diminuer la transparence par défaut, Lessig doit la considérer comme une composante essentielle de son important projet de lutte la corruption dans laquelle il est également très impliqué.

Carl Malamud, le fondateur de Public Resource, un avocat de la libération des données publiques, a également écrit une réponse à Lessig. Celui-ci ne voit pas dans l’article de Lessig une attaque contre le mouvement pour la transparence, mais bien un appel à utiliser cette transparence dans un cadre de bonne gouvernance. “En d’autres termes, alors que nous sommes en train d’embrasser les outils qui nous permettent de lier les données (les blogs, les bases de données, les fruits du mouvement pour la transparence…), nous sommes invités à comprendre les risques de notre propre zèle, ainsi que ceux de ceux qui nous entourent”, conclut Ethan Zuckerman. “La solution n’est pas de lutter contre la transparence, ni même de réformer le financement des campagnes électorales, mais de comprendre que dans un monde dans lequel nous pouvons relier toutes les données, nous devons apprendre à lire et à écouter avec plus d’attention, plus de prudence et plus de scepticisme. Surtout lorsque les données nous amènent aux conclusions que nous voulions voir se dessiner.”

données publiques, intelligence des données

La Douma vient d’adopter une loi multipliant les motifs d’intervention de l’armée russe à l’étranger. De quoi inquiéter sérieusement les pays voisins. Réaction d’un magazine de Kiev.

via PC INpact de nil@pcinpact.com (Nil Sanyas) le 19/10/09
 Les ventes de CD et DVD sont en baisse depuis des années. Le fautif ? Internet bien sûr, et plus particulièrement le P2P selon les représentants des ayants droit.