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Et si l’internet, dans sa globalité, constituait une intelligence spécifique ? Et si le réseau s’éveillait un jour à la conscience ? Un “vieux” mythe de la toile qui a fait son apparition avant même l’explosion du web. Les livres de William Gibson, en dehors des descriptions prophétiques du “cyberspace” qui ont assuré sa célébrité, n’avaient en fait pas d’autre sujet que cette naissance d’une entité consciente constituée par l’ensemble des ordinateurs connectés. L’auteur de science-fiction Vernor Vinge mentionnait récemment cette possible apparition d’une intelligence collective comme l’une des manifestations éventuelles de la Singularité, mais ni lui ni les autres singularitariens ne semblaient prêter beaucoup d’intérêt à cette idée.
Ce n’est pas le cas de Kevin Kelly et de quelques autres, comme Nova Spivack, l’un des entrepreneurs les plus en vue du “web sémantique”, créateur de la société Radar Networks. Rappelons que Kevin Kelly, co-fondateur et ex-rédacteur en chef de la revue Wired, est une des icônes de la cyberculture. Il a d’ailleurs largement traité du sujet de l’intelligence collective dès 1994, dans son livre Out of control, disponible en ligne. Leurs spéculations à tous deux nous entrainent sur le terrain dangereux où le physique se mêle à la métaphysique et la technologie à la théologie…
Dans un récent billet sur son blog, Kelly revient en effet sur la possibilité que l’internet constitue un superorganisme : un être collectif “émergent” du comportement et des relations d’un groupe d’individus, à l’instar des fourmilières. Un superorganisme qu’il nomme la “Machine Unique” : “ce supermegaordinateur est le nuage de tous les nuages, le plus grand ensemble possible de processeurs en communication. C’est une vaste machine aux dimensions extraordinaires. Il est composé d’un billiard de transistors et consomme 5% de l’électricité de la planète. Il n’est (encore) la propriété d’aucune corporation ni d’aucune nation, et il n’est pas réellement gouverné par les humains. Diverses sociétés dirigent les sous-nuages les plus importants, et c’est Google qui domine actuellement l’interface utilisateur de la Machine Unique.”
Avant de se lancer dans son argumentation, Kelly tient cependant à se distancier des spéculations précédentes sur le sujet, affirmant dépasser le stade de la simple poésie pour aborder cette hypothèse de manière plus scientifique - et plus littérale : “Jusqu’ici, la proposition selon laquelle un superorganisme global se formerait sur l’internet a été considérée au mieux comme une métaphore lyrique, et au pire comme une illusion mystique. J’ai décidé de traiter sérieusement l’idée du superorganisme, et de voir si je pouvais découvrir des éléments fiables et émettre des hypothèses réfutables concernant son émergence”.
Autrement dit, si l’hypothèse du superorganisme est valable, elle peut être testée. On doit s’attendre à observer un certain type de phénomènes validant cette théorie.
Pour ce faire, Kelly cherche tout d’abord à affuter sa définition du “superorganisme” : il en existe quatre sortes, qui selon lui correspondent à quatre phases de développement :
- La première est le superorganisme manufacturé.
- La seconde, celle de l’autonomie.
- Ensuite, à l’autonomie s’ajoute l’intelligence.
- Enfin, émergerait le superorganisme conscient.

Internet est-il un superorganisme ?
Y a-t-il déjà un superorganisme de niveau 1 ? De toute évidence, répond Kelly puisqu’il s’agit de l’architecture matérielle du réseau, qui bien évidemment, existe. Kelly, qui, comme on l’a vu veut aller plus loin que la simple métaphore, va jusqu’à calculer l’énergie consommée par cette entité collective et la compare à celle utilisée par les créatures vivantes. Selon lui, la plupart des organismes biologiques consomment entre 1 et 10 watts par kilogrammes. La plupart des serveurs de données les plus perfectionnés demanderaient, eux, 11 watts par kilogramme, soit un chiffre un peu supérieur à celui qui caractérise le vivant. Mais bien d’autres appareils connectés au système ne seraient pas aussi efficients, ce qui ferait monter cette moyenne. Kelly fait alors sa première prédiction “réfutable”: dans un avenir proche, le chiffre de la consommation d’énergie de la machine unique devrait se rapprocher des valeurs découvertes en biologie.
La Machine Unique est elle autonome ? A-t-elle déjà atteint la phase 2 ? C’est déjà plus complexe à démontrer. Si cela est vrai, cela veut dire qu’elle dispose d’un “métabolisme”. Autrement dit, elle est capable de s’autoréguler afin de garder un fonctionnement stable. L’un des processus les plus typiques signant ce genre de comportement est la rétroaction, ou feedback, par lequel un système est capable de moduler ses entrées pour garder un fonctionnement optimal. L’exemple classique est la thermorégulation : notre corps se réchauffe lorsqu’il fait plus froid ou inversement.
L’internet est-il, par exemple, capable de se protéger des accidents et des erreurs ? Il semblerait que oui ; il s’organiserait dans le sens d’une meilleure distribution des données : Kelly cite ainsi l’algorithme de détection de collision d’ethernet qui utiliserait un système de rétroaction, et même le protocole TCP/IP qui serait un système fermé de boucles de rétroactions.
Autre caractéristique des métabolismes autonomes, les rythmes réguliers et complexes de leurs variations. Kelly note ainsi qu’il existe un rythme diurne de fluctuation des données sur le Net. Mais, chose curieuse, lorsque des irrégularités interviennent, elles suivent les mêmes lois mathématiques que celles qui gouvernent l’arythmie cardiaque !
Mais au final, la Machine Unique ne possèderait actuellement qu’un degré assez faible d’autonomie. Si l’hypothèse du superorganisme est vraie, on devrait donc observer une multiplication des phénomènes de rétroaction, ou des systèmes complexes de fluctuation dans les prochaines années.
La Machine Unique est-elle consciente ?
Lorsqu’on analyse la phase 3, on entre déjà un peu dans la science-fiction. Mais Kelly prend garde à ne pas mélanger intelligence et conscience : “un rat est intelligent, il n’est pas conscient”, affirme-t-il, quoique cela puisse se discuter !
“Si donc la machine unique est inconsciemment aussi intelligente qu’un rat, nous pouvons nous attendre à ce qu’elle use de stratégies qu’un animal intelligent pourrait adopter : elle chercherait des sources d’énergie, en accumulerait autant qu’elle peut, ferait éventuellement des réserves. Elle chercherait des abris sûrs. Elle volerait ce qui est nécessaire à sa survie. Elle s’opposerait à ce qui risquerait de la tuer” et surtout “elle apprendrait et deviendrait plus intelligente avec le temps”.
Kelly note alors que des services comme Amazon et Google apprennent constamment : le premier à prédire les préférences de lecture de ses lecteurs, le second à traduire des langages. Ces deux « nuages de calcul » constituent le centre d’apprentissage du superorganisme, ce que Kelly nomme le “googazon”, ou “el goog”.
“El goog englobe bien plus que les fonctions offertes par la société Google et inclut toutes celles proposées par Yahoo, Amazon, Microsoft et tous les autres services distribués. Ce nuage ainsi vaguement défini se comporte comme un animal.”
Pour Kelly, “el goog” est ainsi capable non seulement de construire et utiliser des centrales d’énergie partout dans le monde, d’aspirer les meilleurs cerveaux humains pour augmenter sa capacité d’apprentissage, mais surtout d’utiliser l’argent comme sa ressource principale, se montrant capable d’en absorber d’immenses quantités et d’en produire encore plus. “El Goog apparait comme une intelligence hybride, moitié humaine, moitié ordinateur (…) d’abord cette intelligence apparait comme transhumaine plutôt que non humaine. C’est l’intelligence dérivée de la “sagesse des foules”, mais, au fur et à mesure, cette intelligence en viendra à transcender le mode de pensée humain”.
D’ailleurs, à en croire Kelly, la crise financière mondiale des dernières semaines est une manifestation de “el goog” : la réaction de l’ensemble des bourses semble synchronisée, comme si elles faisaient partie d’un seul et même organisme.
Si la phase 3 est atteinte, on peut donc prédire qu’“el goog” apprendra plus de langages, répondra à plus de questions, anticipera plus nos actions, gèrera encore plus notre argent, créera encore plus de richesses et sera encore plus difficile à débrancher”.
A la recherche de l’intelligence d’internet
Reste la phase plus mystérieuse : la quatrième. Il est douteux qu’on y soit déjà, mais Kelly propose déjà d’élaborer une recherche de “l’intelligence d’internet”, une espèce de SETI (le programme de recherche d’intelligence extraterrestre) appliqué au réseau, qu’il nomme SII (Search for Internet Intelligence) ! On entre là dans une spéculation tout à fait sauvage : Kelly note ainsi que dans le trafic internet, un certain nombre de “paquets” se retrouvent mal formés. 5% de ces paquets n’auraient pas d’origines connues, il ne seraient pas le produit de bugs ou la manifestation d’intentions malignes de la part de hackers. Se pourrait-il, se demande Kelly, que certains de ces paquets soient des “signaux émergents”, qu’ils soient “autocréés” ?
Dernière prédiction, l’apparition d’une conscience de soi sur le Réseau se manifestera par la génération d’une représentation de lui même : autrement dit, l’internet développera sa propre cartographie, sa propre représentation - en temps réel, incluant, bien sûr, une représentation de ladite représentation…
Le texte de Kevin Kelly a beaucoup inspiré Nova Spivack, qui en a profité pour donner sur Twine, son service de web sémantique, sa propre version de la problématique. Pour lui, la Machine Unique (qu’il surnomme OM pour the One Machine, laissant supposer un goût prononcé pour les spiritualités orientales, qui transparaissent tout au long de son texte !), ne peut être considéré comme un simple réseau d’ordinateurs. Il ne pourra atteindre la phase 4 que si on inclut dans le système des éléments déjà conscients : autrement dit, les êtres humains eux-mêmes. Cette intelligence hybride dont Kelly parlait à propos de la phase 3 s’appliquerait donc aussi à l’étape de développement suivante. Quoi qu’il en soit, si pour lui OM n’est toujours pas entré en phase 4, ce n’est pas à cause de l’imperfection des machines, mais parce que son principal constituant, l’être humain - et aussi les groupes d’êtres humains - n’a pas encore atteint parfaitement ce stade.
Typologie des intelligences collectives humaines
Après avoir rapidement passé en revue les différentes méthodes pour augmenter la conscience individuelle, largement inspirées par le bouddhisme, mais incluant aussi des technologies comme la réalité augmentée, Spivack propose, en correspondance avec les quatre phases du superorganisme de Kelly, une typologie des intelligences collectives humaines. Ainsi viennent d’abord les foules, systèmes autoorganisés sans structure ni leadership, à l’instar des vols d’oiseaux ou des bancs de poissons. Plus élevés en complexité, les groupes ont une structure de commande, une organisation. Au-dessus, - on entre à nouveau dans un raisonnement théologique - se trouve le “méta-individu”, un individu collectif né de la fusion de ses composants, possédant sa propre conscience et son propre système nerveux. Spivack n’en dit pas beaucoup plus, mais on ne peut s’empêcher de penser à certains textes de science-fiction comme Les plus qu’humains de Theodore Sturgeon dans lequel un groupe de cinq personnes s’associent pour former un organisme unique, l’Homo Gestalt. Le livre de Sturgeon eut une grande influence sur les mouvements communautaires des années 60 et notamment sur le groupe de rock Grateful Dead, qui voyait dans ses improvisations musicales fusionnelles l’expression d’un certain type d’Homo Gestalt.
En conséquence, selon Spivack, le meilleur moyen d’augmenter la conscience d’OM consiste à fournir aux collectifs comme les entreprises, les communautés en lignes, etc., de meilleurs outils pour s’autoorganiser. Ce qui bien, sûr, nous amène au web sémantique et aux outils collaboratifs comme le propre système de Spivack, Twine. mais, nous précise-t-il, cela n’est que le début…
complexitéIl semblerait qu’il y ait un lien entre la grippe et le taux de recherche sur le thème de la grippe chez Google. C’est en tout cas ce que le moteur de recherche tente de prouver en proposant Google Flu Trends. Basé sur la comparaison entre les statistiques des personnes touchées par la grippe fournies par le CDC (agence gouvernementale américaine de santé) et le nombre de recherches lancées sur le thème de la grippe, les courbes montrent que Google dispose de 2 semaines d’avance sur la courbe de développement de la grippe aux Etats-Unis.
De là à penser que Google pourrait devenir un outil de prévision de la grippe, il n’y a qu’un pas que la compagnie n’a pas hésiter à franchir en le site Flu Trends. Avec 2 semaines d’avance sur la courbe d’évolution de la grippe, on pourrait assimiler la courbe des recherches liées à cette maladie à une courbe “en temps réel”, qui pourrait aider à la prévention.
Une opportunité pour l’organisation à but non lucratif de Google de se remettre sous les feux de la rampe, après avoir lancé l’initiative RechargeIT pour la réduction d’émission de CO2, en proposant pourquoi pas un outil d’assitance aux personnes pour avertir les personnes lorsqu’il y a un risque épidémiologique ou une hausse du taux de risque de maladie dans une région spécifique. Pas certain qu’un tel type de projet voit le jour chez Google, mais l’idée est belle.
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On a failli faire cette news : « Hier fut sans doute une grande journée pour Carla Bruni, qui a reçu un disque de platine, alors que maintenant, même Noir Désir chante comme elle. . (Le premier qui écrit "Bande de cons, vous trouvez ça drôle ?!" gagne un cadeau). »
Et puis, on s'est dit que mine de rien, les hommes de Noir Désir nous avaient accompagnés un peu toute notre vie, sous ce nom ou ailleurs, et que se contenter d'une vanne douteuse pour parler de leur première nouvelle chanson depuis Des Visages, des Figures avait quelque chose de trop désinvolte. Pas désinvolte – dans la bouche de Cantat, ce mot est un compliment – mais plutôt snob. Alors, même à chaud, on va faire un peu plus long.
Le problème, c'est que ces quelques lignes – et je crois bien que c'est la toute toute première fois dans l'histoire de Noir Désir – vont servir à dire mon incompréhension. On passera rapidement sur "Le Temps des cerises", une vraie bonne idée assez mal réussie. La faute à pas de temps, la faute à la va-vite, la faute à ces guitares pas assez tranchantes, la faute à la production mollasse d'Eiffel.
Mais surtout, il y a ce "Gagnants Perdants". Un peu dans la lignée de Des Visages, des Figures, mais sans aucune des richesses et sans aucun des reliefs de cet album dans les textures, dans le son, dans l'arrangement. La faute à pas de temps, la faute à l'urgence, là encore sûrement. C'est quand même emmerdant. Allez, au diable les politesses, disons le tout net : cette ballade est sans doute le titre le plus pauvre musicalement de leur discographie. Surtout qu'il y a le texte.
Le Cantat qui se changeait en roi, qui porté par le vent te demandait de le passer par-dessus bord, celui qui n'avait l'air de rien ? Pas vraiment là. A la place, un Cantat un brin niaiseux et pas très en verve. Trop littéral dans son indignation. Le Cantat que je connais a toujours eu le don d'aller plus loin que la formule, plus loin que le slogan. Il savait marier l'époque et l'intime, il savait dire des mots qui me prenaient par la tête et les tripes, par les épaules, dans une embrassade fraternelle en quelque sorte. Il n'y a pas grand-chose de ça dans ces gribouillis. Les couplets étonnement pauvres, les rimes qui se gamellent dans des pirouettes atterrantes ("ça fera joli dans ton… for intérieur"), le verbe qui ne décolle pas : la gêne nous tient.. La faute à pas de temps, la faute à la va-vite, la faute à l'urgence encore ? Espérons-le.
Parce que l'urgence est là, et qu'elle peut aussi être le carburant le plus inflammable, le plus efficace. Parce que soyons clairs : c'est pas comme si on n'était pas vraiment en train de perdre, en train de sombrer, de se faire enfler. C'est pas comme si on n'avait pas vraiment besoin d'eux, de cette voix qui nous fait chaud aux oreilles et ensuite au cœur et jusqu'au plus profond des entrailles. Faut qu'ils nous reviennent, nos sombres héros de l'amer. Avec autre chose qu'un brouillon mal foutu et un site internet tout moche.
Nota :
1. les commentaires seront modérés et seuls ceux uniquement en rapport avec la musique seront autorisés.
2. le site officiel de Noir Désir étant presque continuellement surchargé, voici donc "Gagnants Perdants"
Dessin : JLA Kliché





